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1 million d’habitants: une chance, un défi

 

En règle générale, la population évolue au rythme d’un mouvement naturel, résultant de l’écart entre les naissances et les décès. Au Luxembourg, comme dans d’autres petits pays, la population augmente surtout par l’immigration, la venue sur le sol luxembourgeois de citoyens, majoritairement de pays de l’UE. Nombreuses sont aussi les personnes qui ne peuvent ou ne veulent pas s’installer dans le pays et préfèrent faire la navette entre leur lieu de travail et leur lieu résidence dans une région limitrophe.

population

source: STATEC

La population a quasiment doublé depuis 1952, et le mouvement ne fait qu’accélérer: il faut à peine 8 années pour ajouter 100 000 personnes sur le territoire à partir de 2010.

C’est cette double problématique que le démographe luxembourgeois doit affronter dans ses projections: d’une part, le mouvement naturel et, d’autres part, le flux migratoire. Or les migrations sont encore plus volatiles : elles dépendent des perspectives économiques et sociales à moyen et long terme, comme les opportunités d’emplois et d’affaires, que le Luxembourg peut offrir comme terre d’accueil et site de production. Avec une croissance économique de long terme de 3%, l’afflux d’immigrés (et de frontaliers) va démultiplier la population résidente et active. Les 1,2 millions d’habitants prévus pour 2060 dans les anciennes projections, sont actuellement en phase de révision par le STATEC, et les résultats, confrontés à ceux d’Eurostat, feront bientôt l’objet de discussions animées dans les cénacles européens. Si des efforts de modélisation ont été réalisés, il reste de nombreuses questions à prendre en compte, à « endogénéiser », notamment les facteurs de friction qui entravent un développement aussi aisé: le logement, le transport, la santé, l’école, les crèches… sans oublier la participation à la vie collective, culturelle et politique. La population augmente de 10 000 personnes chaque année, soit d’environ 2% en moyenne.

Il est vrai que la fécondité des femmes non luxembourgeoises est plus élevée, les étrangers étant plus actifs sur le marché du travail que les autochtones. Ce qui a conduit certains à agiter, il y a près de quarante ans, le spectre du « suicide collectif » des « vrais Luxembourgeois ».

 

Le spectre du « suicide collectif » luxembourgeois

 

C’est au début des années 90, à la suite de son rapport sur l’évolution de la population, que G. CALOT, directeur de l’INED (Institut National d’Etudes Démographiques de Paris), fait remonter à la surface les affres de la disparition de la nation luxembourgeoise. Les thèses du « mal luxembourgeois » théorisées par G. ALS, ancien directeur du STATEC, a relancé le vieux débat « identariste » familier des années trente sur la décadence du Luxembourg et la disparition du « Luxembourgeois de souche ». Cette vision ethniciste ALS-CALOT, jette une ombre sur le débat actuel sur la citoyenneté des étrangers vivant au Luxembourg.  

 

L’historien Denis Scuto écrit : « Mais le rapport Calot se situe au bout d’une période où l’identité nationale et les menaces qui pèseraient sur elle constituent une idée récurrente dans le débat public, voire pour certains une obsession qui empoisonne une bonne partie des discussions politiques, notamment celles sur la réforme de la loi sur la nationalité. Ce rapport … n’en apporte pas moins une caution scientifique à la vision pessimiste de l’avenir du Luxembourg: il conforte une vague de repli national, qui est aussi une réplique aux idées de 1968 et une réponse aux anxiétés d’une partie de l’opinion publique ». (La nationalité luxembourgeoise. XIXe-XXIe siècles, Editions de l’université de Bruxelles, 2012)

Le Luxembourg était constitué comme État souverain après le traité de Londres de 1815, mais n’était pas encore une nation. Or comme l’ont montré les historiens, sociologues et politistes, la nation est une communauté imaginée, basée sur les symboles qui sustentent une représentation collective. Il y deux grandes conceptions de la nation, qu’on appelle caricaturalement les conceptions française et allemande. La première considère la nation comme un contrat d’association enotre  citoyens, mus par un vouloir-vivre ensemble. La deuxième au contraire considère la nation comme une communauté qui plonge ses racines dans la culture, la langue, le Volksgeist…Aucune des deux visions aussi contrastées de la nation n’a existé à l’état pur, mais les deux conceptions continuent à s’affronter.

 

Le « Nation branding »

 

Anglicisme tapageur, mais idée séduisante. Tout comme la construction d’une identité nationale a été un processus plus ou moins conscient, érigeant des vestiges du passé et des lieux de mémoire en symboles identitaires, le « nation branding » peut se servir des mêmes recettes pour inventer et surtout afficher vers l’extérieur un étendard de ralliement.

La population, ce sont aussi des hommes et des femmes, une richesse d’idées, d’inventivité et d’innovation. La théorie économique est partagée entre deux conceptions de la croissance: la première, exogène, considère que la population pèse sur la quantité de capital disponible et conduit à la stagnation en l’absence de progrès technique; la deuxième, la croissance endogène, considère que la population elle-même recèle les germes de la croissance par la diversité des idées et des talents qu’elle abrite en son sein.

Plus que l’identité collective, c’est la question de la cohésion sociale qui devrait guider la politique d’intégration, car une population dynamique, inventive et talentueuse est une chance et non pas un danger pour la survie de la collectivité.

(Publié dans Le Jeudi du 1er juin 2017)

Dr Serge Allegrezza

Clarification au « Kloertext » sur les religions

J’aimerais faire deux clarifications l’une conceptuelle et l’autre statistique à propos du débat Kloertext.

Clarification conceptuelle:  laïque ou laïciste ?
Le choix des mots a son importance dans un pays bilingue, il faut faire attention aux chausse-trappes des faux frères. Cette confusion doit provenir de l’usage du mot Laizist en allemand ( repris texto en luxembourgeois) qui veut dire laïcité en français, mais qui est mal traduit par laïciste.
A part Monsieur Hoffmann, philosophe, personne n’a relevé cette confusion lors de l’émission qui risque de polluer inutilement un débat déjà passablement compliqué.
Rappelons brièvement que laïcisme relève d’un courant de pensée qui cantonne l’expression religieuse à la sphère privée et qui n’a donc pas vocation à proliférer dans l’espace public ou à s’extérioriser dans l’exercice de la puissance publique (administration, écoles etc.). Cette position compte encore de nombreux soutiens ici comme ailleurs.
La laïcité en revanche préconise un arrangement institutionnel, souvent légal, qui protège également toutes les formes licites de croyances (et les non-croyants) . La définition juridique officielle de l’Observatoire de la laïcité en France, présidé par un ancien Ministre, énonce clairement : « La laïcité n’est pas une opinion parmi d’autres mais la liberté d’en avoir une. Elle n’est pas une conviction mais le principe qui les autorise toutes, sous réserve du respect de l’ordre public » .

Nous pâtissons, au Luxembourg, d’un manque de clarté sur ce qu’on entend par le principe de neutralité de l’Etat, sur la portée de la séparation de l’Etat et de l’église. Il nous faudrait définir notre propre définition de la laïcité. En tout cas, il est préféarable d’ utiliser le terme français laïque plutôt que l’allemand Laizist si on veut éviter des confusions délétères.

Clarification statistique

Lors du débat, la modératrice, Madame C. Maart a avoué qu’on n’avait pas de chiffres et qu’un micro- trottoir n’était pas une source scientifiquement solide . Un participant s’est hasardé à lancer une statistique sortant d’une enquête de feu le CEPS, datant de 2008…. Personne n’a relevé qu’on parlait de choses – le fait relgieux –  dont on ignore l’essentiel.
On peut s’étonner du peu de cas qui est fait de l’indigence de statistiques, de l’absence  d’études sur le phénomène religieux (croyances, pratiques), alors que l’on se propose d’ enseigner le fait religieux dans nos écoles !

J’avais proposé il y a quelque temps de créer un observatoire des religions, de la spiritualité et de la laïcité qui aurait pour tâche, entre autres, de produire des chiffres sur les différentes dimensions des croyances religieuses.
Sans un tel outil il est difficile de suivre et de comprendre d’éventuelles tendances à la radicalisation des jeunes, qui existent bel et bien également dans notre pays, si on ne se donne pas les moyens de comprendre le milieu religieux dans lequel ils baignent. Comment comprendre l’émergence de jeunes djihadistes dans notre pays si on garde le secret sur la religion,  les croyances et leurs possibles dérives?