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En marche pour le climax

22 juin 2017

Je reproduis ici ma préface dans la dernière Note de Conjoncture.

Une reprise aussi belle rappelle l’agréable insouciance du
bon vieux temps, le temps béni où les taux de croissance
du Luxembourg dépassaient largement ceux de ses
voisins. L’économie luxembourgeoise va croitre de près de
5% en 2017 et en 2018, après des performances déjà très
enviables (4,2 %) en 2016. On peut comprendre que le
sentiment de satisfaction des consommateurs soit à son
apogée et dépasse le niveau atteint d’avant la crise
bancaire et la « Grande Récession » de 2008. Le taux de
chômage décroît continûment, revenant à 6% de la
population active, et le taux d’inflation reste faible
malgré la hausse des salaires déclenchée par le
mécanisme d’indexation automatique en janvier de cette
année. L’écart de production, quel que soit l’indicateur
choisi, devrait devenir positif, annonçant des tensions sur
les ressources disponibles pour l’économie.
La reprise est portée par toutes les branches d’activité, y
compris dans les services financiers à la traîne depuis la
crise bancaire et la « grande récession » qui a débuté en
2008. La bonne spécialisation du portefeuille d’activités,
suite aux efforts incessants de diversification et
d’innovation (dernier en date: « space mining ») permettent
de profiter de la reprise dans la zone euro. Un focus sur
l’exportation de services non financiers permet de se
rendre compte de l’importance de ces activités. La
productivité du travail est marquée par une reprise plus
forte que prévu, grâce à des meilleures données issues de
la comptabilité nationale.
La présente Note de Conjoncture montre aussi que le
niveau d’investissement privé n’a pas encore atteint, par
le truchement du mécanisme de l’ »accélérateur » la
dynamique correspondant à l’expansion de la production,
et que la consommation privée reste durablement
poussive, malgré le contexte plus favorable. Une étude
particulière tente d’élucider cette faiblesse qui relève
encore du mystère.
Gare au « Minsky moment »
Il y a cependant des risques, négatifs, qu’il ne faut pas
négliger. Le moment « Minsky » appelé ainsi d’après
l’économiste américain qui, ayant étudié les mouvements
financiers, a montré que la crise couve dans les moments
où règnent une insouciance béate et une apparente
tranquillité sur les marchés. Mieux vaut donc être sur ses
gardes.
En effet, en Europe il y a encore de graves déséquilibres
qui se reflètent dans la disparité des balances courantes
et des comptes publics entre le nord et le sud. Faute de
consensus politique, les décideurs n’ont pas encore
entamé une réforme en profondeur des institutions ni
entamé une relance coordonnée et symétrique de la
politique budgétaire venant prendre le relais de la
politique monétaire accommodante. La dette souveraine
grecque n’est toujours pas sur une trajectoire soutenable
et les négociations du Brexit ne font que débuter,
ajoutant une dose d’incertitude au climat général. La
série des élections générales (Autriche, Pays-Bas, France)
a confirmé l’attachement majoritaire des peuples à
l’unification européenne, mais la série de scrutins n’est
pas encore terminée (Allemagne, Italie). Une fois les
nouvelles majorités constituées, il faudra voir si ce
mandat sera utilisé par les dirigeants pour remettre la
construction européenne sur les rails.
Les tendances états-uniennes au protectionnisme
(« America first »), s’appuyant en plus sur une politique
fiscale unilatérale, risquent de peser sur les échanges de
biens, des services et de capitaux entre l’Europe et les
USA. Elles vont aussi compliquer la défense des frontières
politiques extérieures de l’Union européenne.
L’analyse de la conjoncture se limite traditionnellement
aux grandeurs macro-économiques familières comme le
PIB, l’emploi, l’inflation… mais il n’est pas question pour
autant de succomber au fétichisme des taux de
croissance, si impressionnants soient-ils. Ainsi,
« croissance qualitative » oblige, le STATEC n’a pas cessé de
prôner l’utilisation du Revenu national, qui s’obtient en
défalquant du PIB les revenus de la de la propriété et du
travail des non-résidents. Le revenu national brut est de
35% plus bas (nominal) et il croît plus lentement que le
PIB.
Dr Serge Allegrezza

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